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La galaxie de Poutine: décryptage du Kremlin

Sans être révolutionnaire dans sa démarche ni dans ses conclusions, l’étude décrit minutieusement et, semble-t-il, de l’intérieur, une construction politique singulière et souvent méconnue. Elle identifie huit chefs de clan. Certains occupent des positions officielles (Sergueï Ivanov, directeur de l’administration présidentielle; Viatcheslav Volodine, son adjoint; Dmitri Medvedev, premier ministre). D’autres sont des figures politiques régionales (Sergueï Sobianine, maire de Moscou), des patrons d’entreprises publiques (Igor Setchine, patron du pétrolier Rosneft; Sergueï Tchemezov, patron de Rostekhnologii), ou des hommes d’affaires (Guennadi Tim­tchenko ou Iouri Kovaltchouk) qui entretiennent des relations privilégiées avec Vladimir Poutine. La diversité de leurs profils souligne combien le pouvoir réel en Russie est personnifié – et non pas lié à une fonction officielle – et conditionné par des relations interpersonnelles.

En l’occurrence, les huit chefs de clan sont tous liés à Vladimir Poutine, pour certains d’entre eux depuis plus de deux décennies. A un niveau inférieur figurent des dizaines de personnalités diverses aspirant au rang de chef de clan comme, par exemple, le patriarche de l’Eglise orthodoxe.

L’appellation «Politburo 2.0» (bureau politique 2.0) fait référence à l’organe suprême du Parti communiste de l’URSS. Il incarnait le pouvoir réel, même si ses membres – entre 5 et 25 – n’occupaient pas de postes dans les structures étatiques. Le nouveau politburo se distingue de celui de l’ère soviétique en ce que son existence n’est pas formalisée et qu’il «ne se réunit pas», selon Evgueni Minchenko. Ce qui laisse une marge de manœuvre d’autant plus grande à l’arbitre suprême qu’est Vladimir Poutine.

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La restauration du Politburo a lieu après une période où le mode opérationnel du pouvoir connaît des bouleversements. Durant les années 90, l’Etat russe dirigé par le président Boris Eltsine – affaibli par la crise économique et la montée en puissance de groupes mafieux – tombe sous la coupe d’une poignée de milliardaires, assis sur des fortunes d’origines incertaines, dictant les décisions gouvernementales comme les lois. L’arrivée de Vladimir Poutine en 2000 change la donne. Désormais, le pouvoir possède un centre unique arbitrant les différents clans et structures étatiques.

Le gouvernement est resté la partie émergée de l’appareil exécutif, une sorte de vitrine ou écran de fumée cachant les véritables mécanismes de prise de décision. Pour Evgueni Minchenko, «le système du Politburo est apparu autour de 2005, après l’affai­re Khodorkovski» (l’emprisonnement, pour 14 ans, de cet ex-magnat du pétrole qui finançait les partis d’opposition). Vladimir Poutine renationalise d’un coup une grande partie du pétrole russe et neutralise à la fois l’opposition et les oligarques, en effrayant suffisamment les seconds pour qu’ils cessent de financer les premiers.

La publication de cette étude fait couler beaucoup d’encre à Moscou. C’était l’objectif d’Evgue­ni Minchenko, expert en quête de notoriété: «Nous sommes une société de consulting. Le conseil auprès de décideurs représente le gros de notre activité. Pour nous, l’analyse politique est un produit collatéral de notre occupation première.»

Les conclusions de l’étude, pourtant, n’ont guère déclenché de polémique. Les «kremlinologues» ont tous à peu près abouti au même modèle politique. «Il y a eu des débats sur qui est chef et qui n’est que candidat. Mais pas sur le modèle», explique Evgueni Minchenko. Dénuder ainsi le roi en public sans être inquiété pourrait démontrer que l’Etat russe respecte la liberté de parole. Pas du tout, rétorque le politologue Andreï Piontkovski. «Les matrones romaines se promenaient nues en présence de leurs esclaves sans éprouver la moindre honte. C’est qu’elles ne les considéraient pas comme des êtres humains. C’est une sorte de parade des vainqueurs.»

Par Emmanuel Grynszpan Moscou /Le Temps Aout 12

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