Le gouvernement a signé un accord avec les banques, qui sont été partiellement nationalisées, pour annuler la part de l’endettement des ménages qui dépasse 110% de la valeur de leur propriété. De plus, en Juin 2010, un jugement rendu par la Cour Suprême islandaise a statué que les prêts indexés sur des devises étrangères étaient illégaux et que les familles n’étaient plus tenues de rembourser la part qui correspondait aux pertes de change de la couronne islandaise.
En 2008, les banques islandaises avaient fait défaut de 85 millions de dollars. Le gouvernement est intervenu pour sécuriser les avoirs des ménages. La banque centrale a imposé un contrôle des capitaux, et de nouvelles banques contrôlées par l’Etat ont été créés avec ce qui subsistait des banques en faillite. En 2009, le PIB du pays s’était réduit de 6,7%. Mais l’année dernière, le pays a connu une croissance de 2,9%, et cette année et l’année prochaine, on s’attend à une croissance de l’ordre de 2,4%, selon les estimations de l’OCDE, contre 0,2% de croissance pour la zone euro.
Le FMI a émis un communiqué de presse pour indiquer que l’Islande lui avait remboursé en avance 443,4 millions de dollars, soit un cinquième de la somme que le pays lui avait emprunté (2,15 milliards de dollars). L’échéance initiale de cette somme était en 2013, selon les termes de l’accord de prêt.
Il y a deux précédents, désormais, écrit le blog américain financier Zéro Hedge, l’Islande qui a s’est déconnectée du système international, et la Grèce, “contente d’elle-même et qui se condamne à l’esclavage de la dette, en continuant de remettre volontairement chacun de ses biens aux vampires de l’oligarchie bancaire en échange de la seule adhésion à un club voué à l’échec, sous la menace constante du feu et du soufre si elle ose se séparer de ses parasites monétaires (et où le taux de chômage gagne 3% en un trimestre) ».
En juin 2011, l’Islande était revenue sur les marchés financiers, en émettant un emprunt obligataire de 1 milliard de dollars pour une durée de 5 ans à un taux proche de 5%. Les investisseurs ont manifesté à l’époque un grand enthousiasme, et ils étaient prêts à lui octroyer le double de ce montant.
L’Islande est le seul pays à avoir laissé ses banques faire défaut. Les citoyens ont même rejeté un paiement de 4 milliards d’euros au profit de la Hollande et du Royaume Uni par référendum. Ces défauts n’ont pas eu l’impact négatif sur les investisseurs et la capacité de financement du pays auquel on aurait pu s’attendre, et que les experts ont souvent brandi comme justification de la nécessité du maintien de la Grèce dans la zone euro.
A l’époque déjà pour Lex Column du Financial Times, cet exemple montre qu’après tout, l’option de restructuration, et les nécessaires défauts de paiement qui l’accompagnent, que Mario Draghi, le patron de la Banque Centrale Européenne rejette à tout prix, ne sont pas une si mauvaise solution pour les pays de la zone euro surendettés. La dette de l’Irlande atteint maintenant 100% de son PIB, mais ne pourrait-elle pas s’en sortir de cette manière elle aussi ? De plus l’Islande démontre que lorsque le pays met en place une politique fiable pour s’en sortir, les investisseurs peuvent lui pardonner.
« Félicitations, Islande. Nous pouvons seulement souhaiter qu’un autre pays ait le courage de marcher dans vos pas et de réaliser que toutes les menaces creuses de destruction mutuelle garantie si quelqu’un tourne le dos à la super cabale bancaire, ne sont que cela : creuses », conclut Zero Hedge.
EN COMPLEMENT : Peut-on juger les politiciens pour leurs mauvaises décisions?
En Islande, Geir Haarde, ex-Premier ministre, est jugé depuis le 5 mars, et il risque deux ans de prison pour ne pas avoir pris des décisions qui ont conduit à la très grave crise financière qu’a connue le pays en 2008. Trois banques (Kaupthing, Landsbanki et Glitnir) ont fait faillite au cours de cette crise, qui a aussi mis le pays dans l’incapacité provisoire de rembourser ses dettes à l’étranger.
Mais peut-on mettre la responsabilité d’une crise sur les épaules d’une seule personne ? Et au-delà, peut-on juger des responsables politiques sur leurs résultats (ou leur absence) ? Le journal espagnol El Pais a demandé leur avis à plusieurs journalistes et personnalités.
Pour Kattya Cascante, une experte de la Fundación Alternativas, dans l’esprit de nos démocraties, les décisions prises par le gouvernement sont normalement contrôlées par l’assemblée. Les gouvernements devraient produire l’information nécessaire pour permettre de bien saisir le contexte de leur décisions, et elle déplore que souvent, ce n’est pas le cas.
Gonzalo Fanjul, qui est journaliste à El Pais, juge qu’il est impensable de mêler des hommes politiques à la population de criminels et de délinquants des prisons. Il pense lui aussi que ce sont les institutions qui doivent juger les hommes politiques lorsqu’ils ont pris de mauvaises décisions, mais il pense que cette sanction se fait par les élections.
Jordi Vaquer, qui dirige le groupe de réflexion en politique internationale, CIDOB, rejoint aussi leur point de vue. Il estime lui aussi que c’est au niveau politique que les responsables devraient être jugés sur leurs politiques. Il rappelle que le cas islandais n’est cependant pas parfait, puisque l’Islande est un pays miné par un clientélisme malsain entre ses hommes politiques et ses banques. Ainsi, l’ami de l’ex-Premier ministre, David Oddsson, qui a été lui-même Premier ministre et gouverneur de la banque centrale, n’a pas été inquiété par la justice, notamment parce qu’il a exercé des pressions.
Pour les autres experts interrogés, l’Islande montre la voie à suivre, notamment pour Juan Arias, le correspondant d’El Pais au Brésil, pour qui ce cas devrait être un exemple. Il établit une comparaison avec les décisionnaires des entreprises qui sont sanctionnés par la justice lors des mises en faillite des entreprises. Les politiques aussi, comme les chefs d’entreprises, devraient répondre de leurs mauvaises décisions devant la justice, surtout lorsque ces décisions déclenchent des crises qui bouleversent la vie de millions d’individus. Antonio Elorza, professeur de sciences politiques à l’Université Complutense de Madrid, partage son avis et pense que cette possibilité de condamnation constituerait une amélioration importante pour la démocratie. Ana García Femenía, consultante en évaluation et planification des politiques publiques à l’Université Complutense de Madrid, va même encore plus loin, puisqu’elle pense que cette possibilité de jugement permettrait de réfléchir aux mécanismes d’évaluation actuels des politiques menées, et de les améliorer.
Source:blogalupus