Ce n’est que plus tard que les Allemands comprennent à leurs dépens que le papier n’est garanti par aucune valeur réelle. Derrière ce papier il n’y a que des promesses, des promesses d’un or futur qu’on ira déterrer on ne sait où, on ne sait quand, on ne sait comment… Du vent !
Nous sommes au XVIIIème siècle.
250 ans plus tard…
« Cette tentation (d’impression papier) existe bel et bien, et beaucoup y ont succombé tout au long de l’histoire monétaire », déclarait le très orthodoxe président de la Bundesbank, Jens Weidmann, suite aux promesses « draghiennes » d’acheter de façon illimitée les obligations souveraines pour sauvegarder l’euro.
Si on peut créer de l’argent à l’infini, comment celui-ci peut-il rester suffisamment rare pour conserver sa valeur ?, interroge Weidmann.
Les Allemands accros à l’or physique
Le pacte faustien, l’hyperinflation de Weimar et la genèse du deutschemark (véritable spoliation à grande échelle) sont les racines de l’irréductible orthodoxie monétaire des Allemands. Par deux fois, ils ont tout perdu à cause de la monnaie.
Lorsqu’on les interroge sur les raisons de cette détention massive d’or, la plupart répondent : pour se protéger contre l’expropriation monétaire (liée à l’inflation et la dépréciation monétaire).
Autre chiffre intéressant*, l’or représenterait 3,9% du patrimoine globale des ménages allemands, contre 2,1% pour les actions et 2,5% pour les obligations.
Quant à la répartition de l’or physique : 50% ont investi dans des lingots, un tiers dans des pièces d’or, 15% seulement dans des certificats or papier (ceux-là ont oublié de lire Faust pourtant obligatoire à l’école…)
Fantasme ou réalité ?
La rigueur monétaire et budgétaire allemande n’est donc pas le fantasme de l’irréductible Bundesbank, mais bien une réalité culturelle profondément enracinée et partagée dans la société.
L’euro est loin d’avoir terminé sa longue traversée du désert. Il passera encore par des hauts et des bas, des heurs et malheurs, des négociations interminables et des succès à l’arrachée. Tout simplement parce que les cultures des pays du nord et du sud sont diamétralement opposées et que marier ces contradictions fondamentales est et restera sans doute un éternel défi pour la zone euro.
C’est sans doute pour cela que notre euro se construit « en haut » à Bruxelles, sans la participation et l’assentiment des peuples. Est-ce une bonne chose ? Pas sûr…
En attendant, les Allemands semblent trouver une forme de protection en achetant massivement de l’or physique ».
Isabelle Mouilleseaux, Atlantico, le 15 janvier 2013
*Sondage réalisé par le prestigieux fondeur Heraeus et l’université Steinbeis de Berlin
Source:olivierdemeulenaer