Tant que le nombre d’actifs croît régulièrement et dépasse celui des inactifs, le système est viable car les nouveaux entrants dans la pyramide amènent plus de fonds que ne coûtent les prestations. Par contre, lorsque les flux s’inversent, c’est l’explosion du système car il ne rentre plus suffisamment de fonds pour assurer les sorties. C’est comme cela qu’ont été montées la plupart des grandes escroqueries financières ces deux derniers siècles. La plus importante, en attendant l’explosion du régime de retraites français, reste Madoff.
Comme toujours, dans ces montages, les premiers entrés touchent le pactole, les derniers n’ont plus que leurs yeux pour pleurer.
L’issue fatale de ce système est connue depuis longtemps. Depuis maintenant les années 1970/1980, les économistes ont tous alerté les pouvoirs publics que le système allait exploser. La conjugaison de l’augmentation des montants de prestations (jamais aucune génération n’a touché de retraites aussi importantes que celles qui arrêtent de travailler depuis vingt ans), de l’avancement de l’âge de la retraite (7 ans plus tôt qu’un travailleur allemand par exemple), du nombre de départs en retraites (les générations qui partent actuellement sont les plus nombreuses de l’histoire de France) et de la chute de la natalité que nous connaissons depuis les années 70, provoque inexorablement l’explosion de la pyramide.
Les premières mesures prises consistèrent à augmenter systématiquement les cotisations des actifs. Jusqu’au moment où il fallu se rendre compte que l’augmentation de ces cotisations participait à rendre le coût du travail tellement élevé que cela en devenait destructeur d’emplois, donc générateur de perte de cotisations.
Puisque la natalité était en baisse, l’idée germa de faire venir des travailleurs de pays étrangers qui cotiseraient pour les Français en retraite. Hélas, les politiques décidèrent d’aller plus loin dans le processus en faisant venir leurs familles pour les sédentariser, créant ainsi un afflux de populations qui non seulement ne cotisent pas ou peu (en tous cas pas plus que n’auraient cotiser les travailleurs seuls), mais participent pour beaucoup au plombage du budget de la Nation.
Puisque la durée de cotisation est une des plus faibles (la plus faible des pays à économie comparable), des mesures visant à repousser l’âge de la retraite sont prises régulièrement. Malheureusement, le coût du travail et le manque d’investissements génèrent une perte régulière d’emplois dont souffrent en premier lieu les travailleurs de plus de 50 ans, catégorie la plus touchée par le chômage de longue durée. Les cotisations ne rentrent pas plus et les travailleurs sont à la charge des Assedic ou du système de protection sociale au lieu d’être à celle des régimes de retraites, on a fait que déplacer le problème.
Aujourd’hui, le déficit annoncé de l’AGIRC s’élève à 1,24 milliard d’euros, celui de l’ARRCO, à 405 millions d’euros. On estime, à données constantes, c’est à dire sans tenir compte de possibles (à la hausse ou à la baisse) fluctuations du chômage, dégrèvements de cotisations accordés par le gouvernement, que les réserves de l’AGIRC seront épuisées dès 2018 et celles de l’ARRCO en 2027.
Tous les travailleurs qui cotisent actuellement, et ce depuis plus d’une dizaine, voire une vingtaine d’années, ne percevront pas un centime de ce qu’ils ont payé. Ils doivent à la fois payer des cotisations (c’est obligatoire et prélevé à la source) pour les actuels retraités et épargner pour leur propre retraite. Après la génération privilégiée, viennent les générations dépouillées. Dans trois ans, l’ AGIRC explose. Bon, modérons. Dans trois ans, il y a des élections présidentielles, donc le pouvoir actuel va trouver le moyen d’injecter un petit peu de cocaïne pour faire tenir un ou deux ans de plus, histoire que ce soit le suivant qui se retrouve avec le bébé sur les bras. Mais cela ne change rien au problème.
Les partenaires sociaux en charge de la gestion des régimes ARRCO et AGIRC entament à partir de mardi une nouvelle série de négociations sur les retraites complémentaires. Prenons les une par une pour en estimer la probabilité.
Espérons qu’un jour nous ayons enfin des élus responsables qui prennent ce problème à bras le corps et organisent, comme cela fut fait dans d’autres pays, la transition entre l’escroquerie du régime actuel et un authentique régime de retraite, « par points » par exemple, comme cela fut fait en Suède ou par capitalisation comme cela fut fait au Chili…. Les exemples abondent qui devraient être étudiés, épluchés afin d’en tirer les enseignements. Transformons notre retard en atout en sachant profiter des expériences des autres.