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La France dans la spirale de la dette

Notre problème, c’est une incompréhension. Une partie des électeurs de François Hollande avaient voté pour ce qu’ils imaginaient être un programme “anti-rigueur”. Et une partie des électeurs de droite contre un programme qu’ils imaginaient dispendieux. Les premiers pensaient que nous n’aurions pas à subir les conséquences de la crise de la dette souveraine. Les autres se croyaient de retour en 1981 et craignaient de voir les socialistes dépenser sans compter.

Manifestement, ils avaient tous tort.

L’objectif affirmé du gouvernement est de faire passer le déficit budgétaire de 4,5% cette année à 3% l’année prochaine. Pour cela, il faudra réaliser 35 milliards d’euros d’économie. Un programme ambitieux qui a nécessité la mise en place d’une stratégie de communication bien établie.

1. Demander à la Cour des comptes de publier un rapport sur l’état des finances publiques.

2. Constater (oh, quelle surprise !) que nous sommes en déficit de 6 à 10 milliards d’euros cette année et de 33 milliards l’année prochaine.

3. Que ce déficit n’est pas une bonne chose. D’où la multiplication des déclarations mettant en garde contre la spirale de la dette (craintes sur le budget français, donc augmentation des rendements de nos obligations souveraines, donc aggravation du poids de la dette, donc on reprend ce cycle infernal au commencement pour terminer dans la même situation que l’Espagne ou l’Italie).

4. Pour contrer ce futur angoissant, le gouvernement annonce haut et fort vouloir remettre le pays dans les rails budgétaires. Et pour cela il faudra réduire le déficit donc augmenter les rentrées (les impôts) et baisser les dépenses (la rigueur, celle qui ne dit pas son nom).

7,5 milliards de rentrées fiscales sont prévues, venant essentiellement de l’impôt sur la fortune et de l’augmentation des taxes sur les transactions financières.

5. Pour faire passer la pilule, le gouvernement a pris deux engagements :
– augmenter le salaire minimum
– maintenir le nombre de fonctionnaires à un niveau stable : ce qui ne veut pas dire qu’il n’y aura pas des remaniements en profondeur de la fonction publique, avec une réattribution et une redistribution des postes.

Ce plan peut-il fonctionner ?
Voici un graphe pour y voir plus clair, il représente les prévisions d’évolution du déficit et de la dette publique rapportée au PIB de l’Etat français. En rouge, les prévisions du FMI, et en jaune, celle du gouvernement.

Graphe déficit-dettes

Comme vous pouvez le constater, les projections gouvernementales sont beaucoup plus optimistes que celles du FMI – pourtant connu comme étant lui-même assez optimiste quant à l’évolution de la croissance mondiale.

Quant à nous, malgré tout notre désir de voir le gouvernement réussir sa mission et tenir la France loin de la spirale de la dette, nous avons quelques doutes sur ces prévisions. Et ce pour deux principales raisons.

Deux écueils sur lesquels va trébucher le gouvernement
1. Une croissance en berne. Pour 2012, la Cour des comptes prévoit une toute petite croissance de 0,4% contre 0,7% anticipé par le précédent gouvernement. Même chose pour les prévisions 2013, revues à la baisse à 1% contre 1,75% auparavant. C’est d’ailleurs sur ces nouveaux chiffres que le gouvernement a fondé son budget.

Or comme tout programme vaguement keynésien, ce qu’est le plan du gouvernement Ayrault, celui-ci oublie que la théorie développée par Keynes s’appliquait à des économies bien différentes de celles d’aujourd’hui. Comment comparer l’Angleterre ou la France des années 30 et 50, industrielles puis dynamisées par la reconstruction d’après-guerre, avec la situation actuelle ? La croissance n’est plus l’apanage de l’Occident, mais des BRIC. Or sans croissance, la dette a des effets pervers, comme vous l’explique régulièrement Eberhardt Unger dans ces lignes…

2. Ces prévisions ne prennent pas en compte les dernières aides accordées à l’Espagne (environ 100 milliards aux dernières nouvelles) – et encore moins celles à venir pour sauver, par exemple, Chypre, l’Italie, etc.

Qu’est-ce que cela signifie pour nous ?
J’aimerais croire qu’un gouvernement soit capable d’empêcher la France d’être la prochaine sur la liste des pays chahutés par les marchés obligataires. Comme vous l’explique Simone Wapler dans le message suivant, la faillite de l’Etat français est très loin d’être impossible.

Notre dernier budget équilibré date… 1973. Depuis, c’est l’escalade de l’endettement. Entre 1974 et aujourd’hui, la dette est passée de la dette française est passée de 21,2% à 86,9% du PIB. Entretemps, le fonctionnement de notre économie a été profondément bouleversé, nos moyens de production aussi. De pays riche nous sommes passés à un ex-pays riche.

Si vous voulez en savoir plus sur la création de cette dette, à quoi elle sert et surtout comment vous protéger de l’effondrement progressif de notre Etat providence, je ne peux que vous conseiller la lecture de cette explication de Simone. Vous y trouverez non seulement des chiffres, mais aussi des solutions.

 

Source:Cécile Chevré quotidienne-agora

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