Selon les keynésiens, chômage et inflation ne peuvent cohabiter. Les prix des biens ne peuvent pas monter car tant que les services ne suivent pas, il ne se passe rien. Toute hausse du produit de base est anéantie par la baisse du prix de la main-d’oeuvre. Les prix des services ne suivent pas puisque le chômage tire les salaires par le bas. C.Q.F.D.
Vous voyez comme la vie est simple avec les keynésiens. Ils semblent vivre dans un monde autarcique, ne sont jamais allés en Afrique ou en Amérique du Sud (dans des pays où chômage et inflation font très bon ménage). Ils ne font pas le plein de leur véhicule, ne mangent pas, ne se chauffent pas. Ils vivent d’iPad et d’écrans LCD, de séjours en promo et de services sur Internet : car oui, les prix des produits technologiques et de loisir baissent. Merci la Chine, merci Internet.
Mais nous ne vivons pas dans le même monde. Dans notre monde à nous, les gens mangent, et il y a en même temps du chômage et des prix en hausse. Dans la vraie vie, on échappe difficilement à l’inflation, déjà provoquée par des hausses de TVA.
“La hausse de la TVA se diffuse à l’inflation sous-jacente. Le passage de 5,5% à 7% de la TVA à taux réduit au début de l’année se retrouve nettement dans les prix des biens et services. Les marges des entreprises sont trop faibles pour empêcher de répercuter les hausses de taxes“, nous indiquait le site Gecodia.
Pour rappel, l’inflation sous-jacente est l’inflation pour esprit pur : hors alimentation et énergie.
Cette simple brève nous apprend deux choses : tout d’abord il y a anguille sous roche avec l’inflation puisqu’elle coexiste avec un chômage élevé ; ensuite les entreprises ne vont pas si bien que ne le laissent entendre de multiples sondages de sentiments et de moral des uns et des autres. Lisez bien : “Les marges du secteur privé sont trop dégradées en France pour servir de variable d’ajustement“.
Toujours selon Gecodia l’inflation sous-jacente devrait atteindre 1,7%. L’inflation due au pétrole devrait arrêter de progresser si les prix se stabilisent.
Selon France 2, dans son Journal de 20h du 13 mars, la hausse des prix alimentaires sur un an était de 9 à 11%. Des supports professionnels tels que LSA (le mensuel des professionnels de la grande distribution) confirment cette tendance y compris sur les produits ménagers.
Il n’empêche que l’inflation en rythme annuel atteint officiellement 2,3% selon l’INSEE et 2,68% selon l’indice des prix harmonisé d’Eurostat. Le taux du livret A est lui de 2,25%. Donc l’épargne est punie.
Si vous mettez de l’argent sur un livret, vous perdrez 0,43% par an. Le mot important de ce paragraphe est “officiellement”. L’inflation est un calcul fait par les Etats qui battent monnaie. En Europe, Eurostat produit un agrégat à partir des statistiques nationales des pays membres de l’Union. La fiabilité des indices produits est systématiquement contestée, et à juste titre comme nous allons le voir.
La théorie du complot sur l’inflation
“Les théories du complot persistent même après des contrôles étendus“, notait une dépêche Bloomberg du 19 avril. La dépêche cite Maggie Humphrey, une consciencieuse fonctionnaire américaine du Bureau of Labor Statistics, qui, depuis un an, relève chaque mois le prix d’une livre de bananes dans la même épicerie d’un faubourg de Chicago. Elle fait partie de l’armée de 400 collecteurs de prix qui oeuvrent dans 23 000 endroits de 87 villes pour déterminer le coût de 80 000 produits et services. “Les prix n’ont pas bougé depuis que je suis ici“, déclare Maggie à Bloomberg.
Alors ? Alors le problème n’est pas là ; ceux qui contestent la véracité de l’inflation ne mettent pas en doute la probité des relevés de prix et l’honnêteté de Maggie. Bloomberg fait remarquer que ces méthodes sont devenues normalisées, du Japon à la Suisse. C’est probablement exact. Mais les biais statistiques communément admis consistent à créer un consommateur fictif qui se nourrit peu, s’offre beaucoup de dépenses de loisirs et de technologie, écarte un produit de son panier dès que celui-ci devient trop cher.
La question réside donc dans la façon d’agréger les données
Ces biais statistiques sont dénoncés depuis 2004 par John Williams, le fondateur de Shadowstats.com, littéralement, “les statistiques de l’ombre”. Pour lui – comme pour nous – un indice des prix honnête et utile serait celui qui nous indique, année après année, ce que nous devons payer en plus pour maintenir notre niveau de vie.
Avec cette méthode, qui consiste essentiellement à revenir aux calculs tels qu’ils étaient officiellement pratiqués dans les années 1980, l’inflation serait actuellement aux Etats-Unis de 10,3% (contre 2,9% officiellement) ! Il n’y a pas de fondamentales divergences entre les Etats-Unis et l’Europe et une inflation autour de 10% est probablement bien plus réaliste que les 2% ou 3% qu’on veut nous faire avaler.
Pourquoi le pouvoir gagne à minorer l’inflation
Les autorités ont tout intérêt à camoufler les hausses des prix pour 7 raisons :
– cela leur permet de majorer les chiffres du PIB et du PNB. Ils sont en principe corrigés de l’inflation or beaucoup de ratios comme la croissance, le déficit et la dette se calculent à partir du PIB. Minorer l’inflation permet de gonfler le PIB, diminuer le déficit et la dette rapportée au PIB ;
- cela leur permet de diminuer les sorties de redistribution et de retraite. En effet, on minore ainsi l’évolution d’allocations ou de pensions dont le sort est indexé à l’inflation ;
- cela leur permet de contenir la hausse de la dette d’Etat liée à l’inflation (dite OATi comme Obligations de l’Agence du Trésor indexées) ;
- cela permet de maintenir des taux directeurs bas en expliquant qu’il n’y a pas de danger ;
- cela leur permet de caser des emprunts obligataires à des taux d’intérêt supportables pour les gouvernements émetteurs (et spoliateurs pour les malheureux qui les achètent) ;
- cela leur permet de maintenir la confiance dans la monnaie fiduciaire et de faire croire qu’elle peut efficacement protéger l’épargne ;
- cela évite d’avoir des gens dans la rue.
[NDLR : Et face à tous ces avantages, quels inconvénients ? Aucun... C'est merveilleux et vous voyez que l'enjeu est gros ; il est même vital pour les Etats-providence.
Comment vous protéger de l'inflation ? Quelle stratégie d'investissement pour ne pas voir votre pouvoir d'achat fondre comme neige au soleil ? Où trouver des rendements supérieurs à l'inflation ? Retrouvez les réponses de Simone dans sa Stratégie. Pour en savoir plus...]
Source:quotidienne-agora