Que s’est-il passé pendant la nuit ? Une solution aurait-elle été trouvée à la crise de l’euro ? Les rendements espagnols ou italiens seraient-ils repassés sous la barre périlleuse des 7% ? Les derniers sondages grecs donneraient-ils gagnants un parti non opposé à la rigueur imposées par l’Union européenne et le FMI en échange de leur soutien financier ?
Rien de tout cela.
L’Espagne s’est certes fait promettre 100 milliards d’euros pour voler au secours de ses banques mais les marchés ne sont pas laissés rassurer pour autant. Le rendement des obligations à 10 ans est passé au-dessus des 7%.
L’Italie suit exactement le même chemin que sa voisine ibérique. Les rendements sont en hausse continue. Pour le moment, le gouvernement italien clame à qui veut l’entendre qu’il n’aura pas besoin de l’aide de l’Union européenne. Attendons de voir. Après tout, la Grèce, l’Irlande, le Portugal ou tout récemment encore l’Espagne ont essayé de nier jusqu’au bout leur besoin criant de liquidités.
Tous les regards sont concentrés sur la Grèce. Les Grecs s’inquiètent de la possible arrivée au pouvoir du partie d’extrême-gauche Syriza. Le bank run s’est donc accéléré : environ 800 millions d’euros quittent la Grèce chaque jour. A ce rythme là, il n’y aura bientôt plus grand-chose dans le coffre des banques grecques.
La plus grande crainte de la zone euro est que les résultats des élections de dimanche marquent le début d’une nouvelle phase de la crise de l’euro. Une phase que personne n’a envie de vivre.
Pourquoi ? Parce qu’il n’y a plus assez d’argent.
Le Fonds européen de stabilité financière et le Mécanisme européen de stabilité financière disposent à eux deux d’une capacité de prêt de 700 milliards d’euros :
– 213,3 milliards ont déjà été utilisés pour sauver la Grèce et le Portugal
– 100 milliards ont été promis à l’Espagne pour ses banques
Conclusion, il reste donc 386,7 milliards d’euros.
Or les besoins en refinancement de l’Espagne et de l’Italie pour les deux prochaines années s’élèvent à 620 milliards d’euros.
Pas besoin d’un dessin pour comprendre le problème.
Pourquoi les marchés sont-ils alors repartis à la hausse ? Parce que les banques centrales occidentales pourraient se lancer dans une intervention commune.
Et comme le chien de l’expérience de Pavlov, la simple mention des liquidités supplémentaires fait saliver les marchés d’avance.
Quelles formes pourraient prendre cette intervention ?
- Premièrement, elle pourrait consister à des achats massifs de devises. C’est ce qu’avaient fait la BCE, la Fed, la Banque d’Angleterre et celle du Japon il y a quelques mois pour voler au secours des banques européennes, incapables de se fournir en billets verts par elles-mêmes.
- Deuxièmement, les banques centrales des différents pays de la zone euro ainsi que la BCE pourraient injecter des liquidités auprès des banques de la zone, et en particulier grecques, espagnoles ou portugaises. Une telle intervention permettrait :
1. de limiter les conséquences négatives du bank run qui prend de l’ampleur dans ces deux pays ;
2. de permettre aux banques d’acheter des obligations souveraines – et ainsi faire baisser les rendements en particuliers espagnols et italiens
C’est d’ailleurs ce qu’a laissé entendre le président de la BCE Mario Draghi, cité par Les Echos : "’Comme vous le savez, la BCE joue le rôle crucial d’allouer des liquidités à des contreparties bancaires solides en réponse à l’apport d’un collatéral adéquat’, a déclaré Mario Draghi. C’est ce qu’a fait l’institut d’émission tout au long de la crise, dans le cadre de son mandat de maintenir à moyen terme la stabilité des prix, ‘et c’est ce que nous allons continuer à faire. L’Eurosystème continuera à apporter des liquidités aux banques solvables autant que nécessaire’, a-t-il insisté".
Pour résumer, la BCE est prête à fournir autant de capitaux que nécessaire aux banques européennes qui en auront besoin.
Si les marchés sont rassurés par ce genre de déclarations, tant mieux pour eux. Cela ne nous étonne pas : ils régissent uniquement à court terme sans se poser la seule question valable : d’où viendra l’argent dont les banques centrales et la BCE veulent inonder l’économie européenne ?
De la planche à billet ? Si oui… alors, l’or devrait redécoller encore plus vite que prévu… Les minières aurifères sont d’ailleurs en train de repartir à la hausse.
Pour aller plus loin aujourd’hui : menaces sur la France
– L’Italie et l’Espagne ne sont pas les seuls pays de la zone à voir le rendement de leurs obligations augmenter, ceux de la France prennent le même chemin. Et ce n’est pas une nouvelle très rassurante comme l’expliquait Simone Wapler ce matin aux abonnés de sa Stratégie :
Revenons sur le titre de L’Agefi du 13 juin car il est important : L’Etat de grâce des dettes allemandes et françaises est terminé.
Vous devez maintenant le savoir, la hausse des taux d’emprunt obligataires sonnera le glas de l’apparente solvabilité de la France.
Notre pays est surendetté, il arrive à faire face au remboursement des intérêts de sa dette mais il ne pourra jamais rembourser le principal. Le paiement des intérêts de la dette est encore possible parce que les taux d’intérêt sont bas. Toutefois, l’arithmétique est têtue et implacable. Si les taux d’intérêt sont supérieurs à la croissance, le déficit se creuse et la dette se creuse.
Nous avons vu durant ces dernières semaines que deux éléments pouvaient contenir la hausse des taux français :
– Les achats forcés de la Suisse visant à maintenir la parité euro-CHF. Après avoir fait le plein d’obligations allemandes, la Suisse se rabat sur le deuxième cercle, de moins bonne qualité mais moins cher : Autriche, Pays-Bas, Belgique et France. Cette force est à l’oeuvre.
- L’augmentation du plafond du livret A prévue par le gouvernement. Ceci va attirer les dépôts qui pourront être recyclés en OAT françaises. Aux yeux des marchés, la demande pour les obligations françaises paraîtra robuste.
Cependant, malgré ces deux facteurs favorables, les rendements obligataires français se sont tendus à la fois en France et en Allemagne. L’emprunt allemand à dix ans s’est placé au taux de 1,52% contre 1,42% lors de la dernière émission et 1,17% le 1er juin dernier. Cela fait quand même 30% de hausse en trois semaines (et donc 23% de baisse sur les obligations) ce qui, sur ce marché, est énorme.
Le signal sur les taux français est moins clair. L’explication est simple : ils avaient déjà commencé à monter dès janvier, puis baissé grâce à l’intervention suisse après les élections présidentielles. Le côté artificiel de cette baisse transparaissait cependant dans le prix des CDS (assurances) qui, dans le même temps, progressait. Mais la réalité pourrait reprendre le dessus très vite. Le 31 mai, le dix ans français s’était placé à 2,28% et hier jeudi 13 juin, il s’est placé à 2,70%, soit une hausse de 18% en trois semaines.
Ce que cela signifie pour vos investissements ? C’est ce que vous explique Simone chaque mois dans sa Stratégie et chaque jour dans l’email quotidien qui l’accompagne. Pour en savoir plus sur l’engrenage des taux et les risques de faillite qui pèsent aussi sur la France, continuez votre lecture…
Source:quotidienne-agora