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COMMENT ENRAYER LE MÉCANISME INFERNAL ? par François Leclerc

Car il ne faudrait pas que l’arbre cache la forêt : les divergences nationales exprimées par les gouvernements existent, mais elles sont secondaires par rapport au choix stratégique pris dès l’origine et qu’il n’est pas question de remettre en cause. Entre deux aventures, ils préfèrent suivre celle qui leur laisse l’espoir irréaliste, qu’ils ne veulent pas abandonner, que tout va recommencer comme avant.

Des forces centrifuges continuent de menacer une cohésion de la zone euro très entamée : chaque gouvernement est tenté de privilégier ce qu’il considère être les intérêts de son propre pays, et advienne que pourra ! Plus réalistes de ce point de vue, mais non moins inconséquents, les marchés ne voient de salut que dans une intervention de la BCE qu’ils appellent sans vergogne de leurs vœux.

Il va falloir passer par le chas d’une aiguille pour éviter une sortie en catastrophe de la zone euro de la Grèce et s’engager sans plus attendre dans le sauvetage de l’Espagne. Mariano Rajoy poursuit un jeu dérisoire qui consiste à devancer les mesures de rigueur qui lui seront demandées en contrepartie pour ne pas avoir l’air de capituler. Pour utiliser le terme consacré, c’est pourtant « plié » !

Reste l’incertitude grecque, qui va se jouer à peu de choses et va encore demander des semaines d’irrésolution. Toutes les données sont sur la table mais aucune solution n’est encore en vue. Jusqu’à quand pourra être tenue la stratégie de la tension qui prévaut ?

Des rumeurs font état de nouvelles dispositions que pourrait prendre la BCE. Mais celles-ci, à peine évoquées dans la presse grâce à d’opportunes fuites, suscitent un tir immédiat de barrage du gouvernement allemand. Un porte-parole de la BCE estime en retour qu’il est « absolument trompeur d’écrire à propos de décisions qui n’ont pas encore été prises » – ce qui n’est pas un démenti – après une réaction allemande sur le thème qu’elles seraient « très problématiques ».

De quoi s’agit-il ? De créer une automaticité entre les interventions de la BCE sur le marché obligataire secondaire et le dépassement d’écarts donnés (les spreads) entre les taux obligataire d’un pays donné et ceux de l’Allemagne en référence. Une fois acte d’allégeance de ce dernier fait auprès du FESF/MES, bien entendu. Mais tout processus qui ne serait pas soumis pas à pas à l’accord du gouvernement allemand, et donc du Bundestag, n’est pas recevable. Retour à la case départ : acquis pour les banques, l’aléa moral n’est pas admissible pour les États !

Cette stratégie crée une situation impressionnante d’enfermement. Avant d’en faire autant pour la zone euro, elle fait voler en éclat le mythe de l’indépendance de la BCE, puisque le gouvernement allemand se révèle de facto disposer d’un droit de véto qu’il vient pour la première fois d’exercer publiquement. Partisan d’un renforcement à marche forcée de l’intégration européenne, soumis à des pressions politiques internes de plus en plus fortes, Mario Monti craint que l’euro ne devienne « un facteur de désagrégation qui réveille les préjugés du Nord contre le Sud et vice-versa ».

C’est s’en tenir à la surface des choses. Selon PricewaterhouseCooper, un millier de milliards d’euros de dettes pourries sont stockées en Europe dans des band banks ou dans le hors-bilan, qui s’additionnent aux dettes des États et ne sont pas officiellement comptabilisées. Dans ces zones grises de la finance, il faut également ranger les programmes autorisés par la BCE d’Emergency Liquidity Assistance (ELA) des banques centrales nationales, comme par exemple en Irlande ou en Grèce. Tout cela s’additionne, comme les engagements financiers des Etats via le FESF et le MES, si ce dernier est mis en place après accord de la Cour de Karlsruhe. Tout cela contribue à faire disparaitre la confiance (d’être remboursé) et à tendre les taux obligataires sur ce marché unique où se présentent à la fois les banques et les Etats, rendant encore plus insoluble l’équation du désendettement.

C’est à ce mécanisme-là, et pas un autre, auquel il faut s’attaquer, mais cela suppose des petits sacrifices autres que les grands qui sont actuellement exigés.

Source:pauljorion

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