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Tianducheng: un « Paris-fantôme » made in China

Ce n’est pas rare qu’on fasse du « copié-collé » avec des bâtiments d’architecture européenne en Chine. Mais ce n’est pas souvent que des quartiers d’une ville soient intégralement reproduits. Voici Paris… qui se trouve à 200 kilomètres de Shanghai. Tianducheng, un quartier de la ville de Hangzhou, est en réalité un énorme projet immobilier « très haut de gamme » avec des reproductions de la Tour Eiffel de 108 mètres de haut, de l’Arc de triomphe presque grandeur nature, une vague copie du Jardin de Luxembourg et plusieurs dizaines d’immeubles dans le style « haussmanien », comme si l’on se trouve sur l’avenue des Champs-Elysées.

Les promoteurs immobiliers espéraient faire venir dans ce « faux Paris » au moins 10.000 habitants, et pourtant après 6 ans de travaux, le projet n’a pas attiré des foules. Actuellement près de 2000 habitants s’y sont installés. Mais le quartier n’est pas en manque de visiteurs. Il est « assiégé » par des foules des jeunes mariés désireux se faire prendre en photo sur le fond de la fausse Tour Eiffel. Ceux qui n’ont pas les moyens de ce payer un voyage de noces en France, viennent à Tianducheng.

Le développeur de ce quartier, la société Zhejiang Guangsha Co. Ltd., explique l’absence de l’intérêt pour ce « Paris en miniature » par le fait que les travaux ne sont pas encore terminés. Normalement, selon la société, tous les logements seront achetés d’ici 2015. Pas très logique, disent les acheteurs chinois, car en achetant une maison avant le début de construction, son prix est d’environ 30% à 40% plus bas que le prix de cette maison déjà construite. Ce qui repousse les acheteurs potentiels, c’est le prix de ces appartements. Alors qu’il y a 5 ans, le prix du mètre carré à Tianducheng tournait autour de 8700 yuans (soit près de 1000 euros avec le cours de l’époque), aujourd’hui les prix dépassent en moyenne les 10.000 yuans (soit 1200 euros), alors que le prix moyen du mètre carré au centre de Hangzhou atteint à peine 4600 yuans (566 euros).

La location d’un luxueux appartement de 300 mètres carrés avec une vue sur les bassins de Versailles ou sur la tour Eiffel couterait près de 500 euros par mois dans ce quartier, selon les journalistes français qui se sont rendus dans ce quartier.
Le concepteur de ce projet Lu Xiaotian explique au quotidien taïwanais China Times que ce genre de résidences « qui exportent en Chine des paysages exotiques », sont très nombreux dans les villes chinoises. Les développeurs visent une clientèle aisée, attirée par « l’environnement de vie de noblesse ». Et avec la hausse des prix dans ce quartier, ceux qui habitaient Tianducheng initialement, principalement des paysans, seront obligés de quitter le district, car ils ne sont pas en mesure de payer des taxes foncières exorbitantes.

L’immobilier – un moyen de booster le PIB

Le cas de Tianducheng n’est pas unique. Il y a quelques mois des photos du nouveau quartier d’habitation de la ville d’Ordos (Mongolie Intérieure), complètement vide parce que trop cher pour la population locale, sont apparus dans les médias internationaux.

La multiplication des villes fantômes est liée à la bulle immobilière qui gonfle en Chine depuis des années. Si l’économie chinoise semblait avoir échappé à la crise de 2008, c’est grâce à un plan d’investissements massifs à la hauteur de 12% de son PIB de 2009. Or, ces investissements ont alimenté cette bulle immobilière spéculative, assortie des dettes énormes envers les autorités locales. Dans certaines régions, le ratio du crédit par rapport au PIB est passé de 75% à 200% au cours de ces dernières 5 années. En comparaison, aux Etats-Unis, la progression était de seulement 40% de 2003 à 2008.

Cependant, même si les autorités chinoises incitent les développeurs à limiter leurs appétits, elles n’ont pas vraiment les moyens d’intervenir dans leurs projets. Selon les chiffres officiels, on compte plus de 64 millions de logements neufs dans les agglomérations urbaines qui sont restés vides durant les 6 derniers mois. 200 millions d’habitants pourraient y être logés. La plupart se trouvent dans des quartiers résidentiels vides ou des villes totalement inhabitées, mais fonctionnels. Pour les propriétaires de ces appartements ou maisons, c’est un bon placement sur le marché de l’immobilier en pleine croissance.

Et la bulle de l’immobilier chinois ne risque pas de se dégonfler de sitôt. D’ici une quinzaine d’années, le gouvernement de la RPC envisage de déplacer des campagnes vers les villes environ 300 millions de personnes, ce qui va provoquer une demande supplémentaire en logement.

Source : La Voix de la Russie

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