Pour bien comprendre le risque, revenons quelques minutes sur l’utilisation que les banques, ou que la finance, font de l’argent, celui que vous placez chez eux et aussi de leurs fonds propres.
Cet argent, elles vont s’en servir comme d’une matière première. Mais le génie de la finance est d’avoir inventé ce qu’on appelle l’effet de levier. 
Ce qui correspond à l’utilisation du crédit : vous voulez acheter une maison 1 million, vous ne disposez que de 50 000 euros, pas de problème, vous allez trouver une banque qui va vous prêter cet argent en échange d’intérêts.
Cela vous permet d’acheter un bien de 1 million alors que vous n’avez pas la somme nécessaire.
Eh bien, les banques font exactement la même chose sur la quasi-totalité de leurs opérations. C’est cela faire du levier. Immobilisé une toute petite partie de vos capitaux pour faire des opérations bien plus grosses.
Tous ceux qui ont déjà fait du levier savent deux choses élémentaires :
1/ Quand une opération avec un levier se passe bien, vos gains sont décuplés.
2/ Mais quand une opération avec du levier se passe mal, vos pertes sont décuplées également. Et c’est là que les vrais problèmes commencent.
Prenons un exemple simplissime:
Je dispose de 10 euros.
Avec ces 10 euros, je vais faire une opération de 100 euros.
Si cette opération se passe bien et que mon investissement de 100 euros gagne 10 %, je gagne 10 euros. Mon capital de départ de 10 euros a donc doublé et j’ai maintenant 20 euros. Le levier m’a permis de faire 100 % de profit alors que l’investissement lui n’a gagné que 10 %. Youpi !
Si cette opération se passe mal et que mon investissement PERD 10 %, alors j’ai perdu 10 euros. Ce qui correspond à 100 % de ma mise de départ. L’intégralité de mon capital a disparu. J’ai perdu 100 %, je suis ruiné alors que je n’ai perdu que 10 % sur l’investissement que j’avais fait.

Ce matin, je lisais un article sur les déconvenues de la 7e fortune mondiale en 2011, un Brésilien.
Malheureusement pour lui, le cours de Bourse de son entreprise a perdu 85 % en un an suite à quelques déboires.
En soi ce n’est pas très grave, vous allez me dire, il lui reste encore quelques milliards. C’est exact puisqu’il est quand même à la 100e place mondiale en 2012.
Le vrai problème c’est que certaines de ses entreprises commencent à avoir quelques soucis de liquidité. On attend donc de ce monsieur qu’il rajoute de ses milliards personnels dans les comptes de ses entreprises pour renflouer la trésorerie et continuer à opérer normalement. S’il ne le fait pas, il n’y aura d’autres solutions que d’arrêter de payer salaires et factures et ça s’appelle une faillite.
Pour le moment cette personne est encore 100e fortune mondiale, mais vous commencez à voir la taille du problème…
S’il met une bonne partie de son cash (encore faut-il que le cash soit disponible et liquide) dans sa boîte, il faut s’assurer que celle-ci se redresse sinon c’est un cercle sans fin avec une seule issue, la faillite.
Et c’est le plus GROS PROBLÈME de la finance mondiale. Tout est basé sur des effets de levier.
Dès 2008, les spécialistes ont utilisé le terme anglo-saxon de deleveraging qu’on pourrait traduire par « abaisser le levier ».
Car vous l’aurez compris, le véritable ennemi de la finance mondiale à ce jour ce n’est pas les pertes, ce sont ces mêmes pertes associées à des leviers faramineux.

Souvenez-vous, il y a quelques mois, les rumeurs sur les leviers de la Société Générale qui avaient affolé les marchés avant que son P-DG rassure tout le monde : nous n’avons qu’un levier de 16 (je donne ce chiffre de mémoire, le chiffre réel n’ayant que peu d’importance. Comme par hasard, Internet qui ne donne jamais droit à l’oubli semble avoir été particulièrement bien nettoyé de cet épisode, je n’ai rien réussi à trouver après quelques minutes de recherches).
Vous vous imaginez un peu les dégâts qu’une baisse de leurs investissements pourrait donner avec un levier de 16...
Elle travaille depuis à réduire ce levier et si les annonces sont destinées uniquement aux spécialistes en ne parlant que de Tiers 1 et autre joyeuseté technique, elle y travaille comme toutes les banques et tous les acteurs qui ont trop poussé le bouchon.
Tiens, je réalise soudain qu’il n’y a qu’une catégorie qui pendant toute cette crise n’a pas diminué ses leviers, elle n’a même pas prétendu qu’elle essayait, ce sont les États eux-mêmes.
ALORS, où est le vrai problème si les épargnants de France, d’Espagne, du Portugal et d’Italie comprenaient ce qui est en train de se passer ?
Le pire ennemi du système bancaire, ce sont ses propres clients. Quand les clients perdent confiance dans leur propre banque et à retirer tous leurs capitaux, on appelle ça un bank run. Vous imaginez un peu les conséquences pour la banque à cause des leviers qu’elle utilise...

Et l’histoire ne s’y trompe pas. Le crash de 1929, celui de 1987, le flash crash de Wall Street en 2010, la faillite de la banque anglaise de Northern Rock ont tous un point commun : un bank run. Une perte de confiance généralisée qui pousse les actionnaires et autres épargnants à vendre leurs actifs et surtout à retirer leurs avoirs du système.
Pourquoi croyez-vous que Chypre a fermé toutes les banques jusqu’à nouvel ordre ?...
Alors, comme le dit BFM, espérons que cet acte insensé de l’Europe et du FMI de s’approprier une partie de l’épargne des Chypriotes ne se transforme pas en mouvement de panique contagieux dans les pays les plus exposés. Si les épargnants de ces pays-là se rendent compte (et c’est le cas) que leur chère épargne n’est plus en sécurité comme leur avaient promis gouvernements et dirigeants mondiaux et qu’ils se mettent à le retirer en masse de leurs banques, on vivra certainement le début de la fin.
Samuel Rondot
Source:objectifeco