Eklablog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

tous sur le trading

Les impôts, la mort… et le chômage

De Leroy, il n’avait plus de nouvelles, au point qu’il se demandait même si son ami n’avait pas péri, par accident, dans le tumulte qui régnait alors en France. Nous sommes en 1789, et les temps sont incertains. Hier comme aujourd’hui, on ne peut être assuré de rien—sauf de la mort et des impôts, donc.

 

 

 

Mais est-ce bien tout? N’existe-t-il pas une troisième certitude, à savoir le lien entre pression fiscale et chômage? N’est-il pas assuré que l’impôt est mortel pour l’emploi?

 

 

 

Une explication purement théorique du lien entre ces deux phenomènes ne me paraît pas judicieuse, ici. D’une part, elle pourrait sembler ardue et ennuyeuse. Ensuite, on pourrait toujours retorquer que cela « n’est que de la théorie », un terme que la méfiance généralisée envers l’économie et les économistes tend à rendre synonyme d’ « idéologie » et même de « propagande. »

 

 

 

Le problème est que l’alternative, une vérification empirique, est bien plus complexe qu’on ne l’imagine. En fait, comme de nombreux économistes Autrichiens, je ne pense pas que les lois économiques puissent être corroborées de la même manière que les lois naturelles. Non pas parce qu’elles sont moins vraies, ou parce que la science économique est moins scientifique, mais parce qu’elle étudie un domaine différent et doit donc suivre une autre méthode.

 

 

 

Pour le dire simplement, il n’y a pas d’expérimentation possible, en économie, parce que l’on ne peut pas étudier ce genre de phénomènes en créant des conditions artificielles pures dans lesquelles tous les facteurs non-pertinents sont neutralisés. On ne peut, par exemple, comparer des pays strictement identiques, sauf du point de vue de leur pression fiscale, et comparer leurs taux de chômage. Bien entendu, la chose est rendue encore plus difficile du fait que les mesures du chômage ne sont pas toujours parfaitement fiables, ni comparables. De même, le taux de pression fiscale est une donnée très générale qui ne dit rien du détail des fiscalités de différents pays, alors que celles-ci peuvent agir très différemment  sur l’économie.

 

 

 

Ce que je propose ne prétend donc pas être scientifique au sens le plus fort du terme. Mais j’espère que l’on m’accordera qu’il ne s’agit pas non plus d’un simple propos partisan sans valeur de vérite.

 

 

 

Pour ce faire, j’ai choisi 14 pays à peu près au hasard. Je compare leurs scores dans ces deux domaines, et analyse les résultats de tendance. Je dis « à peu près au hasard », parce que j’ai tout de même déliberément choisi d’y inclure la France, par exemple, ainsi que de considérer des pays différents en termes de géographie, de puissance économique, de modèle social, etc. Les données (issues du CIA Worldfact Book, pour l’année 2012) sont reportées dans le tableau suivant (sans ordre particulier), ainsi que dans le graphique ci-dessous. La « fiscalité » renvoie à la part du PIB prelevée par l’État, exprimée en pourcentage.

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 


 

Pression fiscale et taux de chômage dans 14 pays

 

 

 

Que remarque-t-on ? Tout d’abord, qu’il existe une relation forte  entre pression fiscale et chômage. L’échantillon est évidemment restreint, mais le coefficient de détermination est si fort (83,5%) qu’il serait effectivement très improbable d’obtenir un tel résultat s’il n’existait une véritable relation entre pression fiscale et chômage. 

 

 

 

Peut-on chiffrer cette relation ? Ici encore, je ne prétends ni à l’exactitude, ni même à la scientificité. Cette petite recherche permet néanmoins de donner un ordre d’idée. Il semble en effet que chaque point supplémentaire de pression fiscale se traduise par 0,2 point de chômage en plus.

 

 

 

J’insiste : je ne pretends pas qu’il s’agisse là d’une quelconque « loi ». Les données sur lesquelles je me fonde, de même que la méthode que je suis, sont loin d’être suffisamment rigoureuses. Il ne serait pas non plus correct de transposer mécaniquement cette comparaison entre pays en une observation valable pour chacun d’entre eux. Et cela d’autant que les effets de la fiscalité sur l’emploi doivent être bien différents, non seulement selon le détail de la fiscalite, mais aussi selon les autres caractéristiques d’une économie. Ces précautions prises, il n’en reste pas moins des plus probables que les impôts sont, d’une manière générale, mortels pour l’emploi.

 

 

 

Remarquons la place de la France dans le graphique ci-dessus. Si elle a la plus forte pression fiscale et le plus fort taux de chômage des pays considerés, son taux de chômage est en fait pire encore qu’il ne devrait l’être. Relativement au reste du monde, sa pression fiscale est l’une des plus fortes (12ème) et son taux d’emploi parmi les pires (111ème).

 

De là à dire que, pour raviver l’économie, c’est la pression fiscale qu’il faut combattre…

 

 

 

D’une manière plus générale, les 50 pays ayant la fiscalité la plus forte ont un taux de chômage moyen de 9,7%, alors que celui-ci n’est que de 7,4% parmi les 50 pays ayant la fiscalité la plus faible.

 

 

 

Évidemment, une telle comparaison n’est pas tout à fait juste. Si elle évite l’arbitraire lié à un plus petit échantillon, elle introduit également de fausses informations. Par exemple, les statistiques sont ainsi faites qu’elles mêlent prélèvements obligatoires et revenus du gouvernement, même si ceux-ci proviennent plutôt de l’exportation pétrolière. De même, nombre de pays ont une « fiscalité » faible et un « chômage » officiel élevé parce que l’activité y est largement informelle. Inversement, une pression fiscale élevée n’est souvent possible que dans des pays industrialisés dont les économies modernes permettent de contenir le chômage (du moins relativement aux taux très élevés que l’on observe dans certains pays en développement.)

 

 

 

Il est malheureusement très difficile de tenir compte de tels éléments. Si on nettoie les données brutes de la manière la moins arbitraire possible (en retirant simplement les pays pétroliers à fiscalité faible, ainsi que les pays les moins avancés), la perversité des impôts pour l’emploi apparaît plus nettement encore : entre pays relativement comparables, le chômage est presque double parmi ceux dont la fiscalité est la plus forte (10,9% contre 6,1%.)

 

 

 

Pour finir, il faut ajouter que la relation entre fiscalité et chômage est particulièrement dommageable pour les jeunes actifs. Reprenant les 14 pays étudiés plus haut, on observe ainsi la même tendance que pour la population générale, avec deux différences.

 

 

 

 

 


 

 

 

Source : http://www.guardian.co.uk/news/datablog/2012/may/16/youth-unemployment-europe-oecd

 

 

 


 

 

 

 

 

 

 

D’une part, la dispersion est plus importante (les données sont moins « alignées »), ce qui est normal puisque le chômage des jeunes est un phénomène plus particulier que le chômage général. Sa détermination par la pression fiscale n’en est pas moins remarquable. Surtout, la corrélation entre les deux est encore plus forte : ici, 1 point de PIB supplémentaire prélevé par l’État s’accompagne de 0,25 point de chômage en plus parmi les jeunes.

 

 

 

En conclusion, il semble donc bien déraisonnable de nier le lien entre impôts et chômage. Et ce sont surtout les jeunes, particulièrement en France, qui devraient s’élever pour exiger une baisse de la fiscalité et du poids de l’État dans l’économie.

Jérémie T. Rostan

source:24Hgold

Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article