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La guerre de l’eau a éclaté en Californie, après trois années de sécheresse

TROISIÈME ANNÉE DE SÉCHERESSE CONSÉCUTIVE

Ce n’est pas la première sécheresse en Californie. Les anciens se souviennent du choc de 1977, lorsque des vergers entiers ont dépéri. En 2011, année faste, les fermiers ont reçu 80 % de leur ration. En 2013, 20 %. « Zéro pour cent, ça n’était jamais arrivé », indique Joe Del Bosque, membre de la Commission sur l’eau mise en place par l’Etat.

Surtout, c’est la troisième année de sécheresse consécutive. Le 26 avril, le gouverneur Jerry Brown a publié une déclaration d’état d’urgence – la deuxième en trois mois – demandant aux habitants de réduire leur consommation d’eau de 20 %. « Les conditions d’extrême sécheresse vont encore empirer pendant l’été », a-t-il averti.

Dans la vallée de San Joaquin, les exploitants sont réduits à des dilemmes cornéliens : il faut sacrifier une part de la production. Mais quoi ? La tomate ou la luzerne ? Le melon ou le broccoli ? Faut-il creuser un puits, au risque de s’endetter pour un million de dollars (plus de 720 000 euros) alors qu’il va peut-êtretomber des cordes en 2015 ? « C’est l’un des jeux de société les plus compliqués qu’on puisse inventer », grince Bill Diedrich.

La California Farm Water Coalition estime que 3 200 km2, soit près de 10 % des terres cultivées, pourraient être laissées en jachère en 2014. Or la Californie assure 60 % de la production nationale de fruits et de noix et 51 % de ses légumes. Les prix agricoles pourraient flamber dès cet été.

 

« PAS UNE GOUTTE DE PLUS QUE NÉCESSAIRE »

Les agriculteurs essaient en priorité de sauver les amandiers. Il y a trente ans, la vallée de San Joaquin était plantée de céréales, d’orge, de tomates. L’irrigation est devenue tellement onéreuse – avec le goutte-à-goutte à la racine même des plantes – que les exploitants se sont reconvertis dans des cultures plus rentables. La production d’amandes a doublé depuis 2006 dans la vallée. Elle consomme beaucoup d’eau, mais Bill Dietrich assure qu’il ne gâche rien, et se soucie de l’environnement, preuve à l’appui : il saute de sa camionnette et s’en va plantersous un bosquet une sonde métallique. « Voilà, triomphe-t-il, en retirant la tige. A cette profondeur la terre est sèche. On n’arrose pas une goutte de plus que nécessaire. »

La pénurie a encore accentué les « guerres de l’eau », comme l’a remarquéBarack Obama quand il est venu en février à Firebaugh en faisant immédiatement part de son intention de ne pas s’en mêler. Joe Del Bosque avait été choisi pourrecevoir le président dans sa ferme.

Aujourd’hui, ce fils de migrant est à la tête d’une exploitation qui emploie plus de 300 ouvriers pour récolter les melons. « En 2013, j’ai acheté des réserves d’eau malgré le prix astronomique, soupire-t-il. Heureusement, car c’est la seule eau qu’on aura cette année. » Cela suffira pour les asperges, les amandiers, mais pas pour tous les melons. « On en vient à sacrifier la production qui créée des emplois », se désole-t-il.

Quelque 20 000 emplois de travailleurs agricoles sont menacés. Le président Obama a promis une aide d’urgence de 183 millions de dollars, mais les fermiers ne décolèrent pas. Ils veulent de l’eau. Et ils savent qu’il en reste, plus haut vers le nord, dans les réservoirs.

 

« L’HOMME PLUTÔT QUE LE POISSON ! »

(…)

Article entier : www.lemonde.fr

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