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La BundesBank porte plainte contre la BCE…

Officiellement, le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, a déjà critiqué certaines mesures de crise décidées par la BCE. Il est de notoriété publique qu’il a voté contre la décision du Conseil des gouverneurs de lancer les OMT. La prise de position de sa maison n’est en ce sens pas nouvelle, ni très actuelle, puisque le document évoqué a été envoyé à la Cour de Karsruhe en décembre dernier . Remontant maintenant à la surface, il met en lumière l’embarras de la Bundesbank face à une politique d’intervention de la BCE sur les marchés qui serait motivée par la recherche ciblée d’obligations souveraines moins bien notées financièrement. Outre que de tels rachats peuvent augmenter les risques pour les banques centrales de la zone euro, ils «peuvent en outre peser sur leur indépendance». Or, celle-ci est une «condition primordiale pour le succès dans l’exercice de leur mandat, soit le maintien de la stabilité des prix», souligne le document.

Doutes sur l’efficacité du programme OMT

Selon la Bundesbank, les doutes sont en outre permis sur l’efficacité du programme OMT en voulant contraindre les Etats en crise qui en bénéficieraient, à renforcer parallèlement le cours des réformes. Le cas de la Grèce est ici mentionné comme précédent. «Ces expériences justifient aussi les craintes que le traitement de la conditionnalité dans le cadre du programme OMT ne protège pas même dans les cas litigieux d’achats considérables (de titres souverains, NDLR), en répandant ainsi les risques à travers les banques centrales de l’Eurosystème.» La Bundesbank ne voit pas non plus pourquoi des taux d’intérêt divergents pour les crédits accordés aux entreprises dans différents pays de la zone euro seraient une justification de déclencher des OMT.

Les juges de Karlsruhe avaient déjà pris position en septembre dernier contre un rachat de dette souveraine par la BCE sur le marché secondaire, qui reviendrait à financer les budgets des Etats membres de l’Union monétaire. Cela contournerait l’interdiction prévue au traité européen d’un financement des Etats par l’institut monétaire, affirmaient-ils. Or, la Cour ne s’est pas encore prononcée sur l’hypothèse où les OMT tomberaient dans cette catégorie.

La Bundesbank esquisse une réponse dans sa prise de position. D’après cette dernière, les rachats d’OMT vont trop loin et ce n’est pas, in fine, le devoir de la BCE d’empêcher un pays souverain de quitter la zone euro. Des propos qui vont à contre-sens des déclarations l’été dernier du président de la BCE, Mario Draghi. Il avait affirmé que la BCE ferait tout ce qui est possible pour sauver l’euro, et cela devait suffire. Cela a permis dans les mois qui ont suivi de contenir la crise dans la zone euro. Pour mémoire, la BCE n’a pas encore racheté pour 1 euro d’OMT depuis la mise en place du dispositif l’été dernier, car aucun pays en crise n’en a fait la demande.

Zone euro : la Bundesbank reste vigilante

Article de Challenges du 18 mai 2013

Le président de la Bundesbank, Jens Weidmann, appelle à ne pas relâcher les efforts dans la lutte contre “les origines” de la crise en zone euro. Il a également réitéré ses réserves à l’encontre du sursis de deux ans accordé à la France.

Dans un entretien accordé au journal Bild am Sonntag, le patron de la Bundesbank rejoint les récentes critiques du patron de Deutsche Bank, Jürgen Fitschen, contre la politique de taux d’intérêt très faibles menée actuellement par la Banque centrale européenne (BCE).

“Je m’inquiète que la bonne évolution des marchés financiers et en particulier les taux bas (…) conduise à lutter avec moins d’efforts contre les origines de la crise”, a déclaré Jens Weidmann au journal dominical.

L’institution monétaire de Francfort (ouest) dispose de trois principaux taux d’intérêt, dont le taux directeur — qu’elle a abaissé la semaine dernière de 0,75% à 0,50%, soit son plus bas niveau historique –, qui détermine le coût du refinancement auprès de la BCE sur les principales opérations de crédit.

“Nous devons avancer sur la voie d’une union monétaire plus solide”

Dans cet entretien, le patron de la Buba remet une nouvelle fois en question le bien-fondé de la politique la BCE de rachat d’obligations.

“Est-ce une bonne idée que nous devenions chacun réciproquement responsables de nos dettes publiques ?” s’interroge Jens Weidmann. “En réalité il s’agit d’avancer sur la voie d’une union monétaire plus solide”, ajoute-t-il.

Dans cet interview, Jens Weidmann appelle également ses concitoyens à se méfier de la situation prévalant en Allemagne, de taux d’intérêts faibles, les enjoignant à la prudence quand ils s’endettent.

“La période actuelle de taux bas ne doit pas (être perçue) comme un état de fait durable et personne ne doit se fier à cela”, estime le patron de la Bundesbank

“La France a une responsabilité particulière en tant que poids-lourd de la zone euro”

Il a par ailleurs réitéré ses réserves quant à accorder à la France un sursis de deux ans, soit jusqu’en 2015, pour qu’elle atteigne ses objectifs budgétaires.

“La France, comme l’Allemagne, ont une responsabilité particulière, en tant que poids-lourds de la zone euro, pour que les règles plus dures fixées l’an passé en matière de réduction des déficits soient prises au sérieux”, a asséné Jens Weidmann.

“La crédibilité des nouvelles règles n’est certainement pas renforcée si l’on utilise dès le début au maximum la flexibilité stipulée (dans ces mêmes règles)”, a-t-il martelé.

Le 9 mai dernier, Jens Weidmann avait déjà mis en garde la France sur son déficit public, affirmant que Paris doit concrétiser ses engagements en matière budgétaire.

A l’instar de l’Espagne, Paris a obtenu un sursis de deux ans, soit jusqu’en 2015, pour atteindre ses objectifs budgétaires, alors que la Commission européenne table sur une récession cette année en France et prévoit un dérapage de ses déficits contribuant à une hausse inquiétante du chômage.

L’avenir de l’euro entre les mains du juge constitutionnel allemand

Article des Echos du 7 juin 2013

La Cour constitutionnelle de Karlsruhe se penche cette semaine sur la politique monétaire de la BCE.

Après la crise politique italienne, voilà que pointe déjà le prochain sujet à hauts risques pour l’avenir de la zone euro. La Cour constitutionnelle allemande, à Karlsruhe, se penchera les 11 et 12 juin prochain sur des plaintes déposées contre le fonds de soutien permanent MES, décidé par l’Union européenne, mais surtout contre la politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE). En particulier, sa mesure visant à racheter en quantité potentiellement illimitée et sous conditions des obligations d’Etats, soit les fameux « OMT ».

L’événement, qui sera suivi par soixante-douze journalistes accrédités, promet de donner lieu à une joute orale entre la Banque centrale européenne et la Bundesbank. La première va plaider le bien-fondé de son arsenal de politique monétaire, quand la seconde, qui a voté contre les OMT au sein du conseil de la BCE, questionnera la légalité du dispositif, qui est selon elle de nature à enfreindre l’interdiction de financer les Etats. La Bundesbank sera représentée par son président, Jens Weidmann, alors que Mario Draghi, président de la BCE, a envoyé Jens Asmussen, membre allemand du directoire de l’institution et …ancien compagnon d’études de Weidmann.

Tester la compatibilité

Dans ce qui pourrait être un avant-goût des débats, Mario Draghi a défendu ardemment hier les OMT qui ont, depuis leur annonce à l’été 2012, «  éliminé le risque de déflation en zone euro, et ramené le calme sur les marchés non seulement en Europe mais dans le monde. » Mais la Bundesbank va quant à elle critiquer un dispositif qui contraindrait de fait les banques centrales à s’engager à financer des Etats fragiles.

Il reviendra au juge suprême de tester la compatibilité des OMT avec la loi fondamentale allemande. Celle-ci affirme que la politique monétaire, ancien domaine de la Bundesbank, est confiée à une institution européenne « qui est indépendante et est tenue d’assurer prioritairement la stabilité des prix ». Le recours aux OMT fait-il voler ces principes en éclat ?

Mario Draghi s’est dit convaincu hier que la juridiction agirait « en toute indépendance ». La BCE a des raisons de craindre la foudre venant de Karlsruhe. Dans un récent rapport dévoilé par la FAZ, l’ancien juge constitutionnel allemand, Udo di Fabio, conclut que si BCE outrepassait l’interdiction de financer les Etats, alors la Cour allemande pourrait dans le cas extrême obliger l’Allemagne à sortir de l’Union monétaire ! Sans aller jusque-là, elle pourrait au moins limiter la marge de manoeuvre des prochaines actions de la BCE, pourtant l’une des institutions les plus réactives en Europe.

Jean-Philippe Lacour

Source:Les-crises

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