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La bombe à retardement française

Pire, Moody’s affirme qu’elle pourrait à nouveau dégrader le pays si le gouvernement n’entreprend pas de solides mesures pour réformer son marché du travail (trop rigide) et améliorer son faible niveau d’innovation (clé du problème de la compétitivité française).

Oh, et puis il y a, bien sûr, la question de ce qui ressemble à une récession à double creux qui se répand à travers la Zone euro.

Oui, cher lecteur, les menaces ne cessent de s’accumuler et l’infection se propage toujours plus profondément dans le coeur de la Zone euro.

Aujourd’hui, je voudrais vous montrer un graphique fascinant réalisé par Citigroup qui vous montre tous les maux de l’Europe — et démontre encore une fois que la prudence doit être votre priorité absolue. Car ce qui est en jeu désormais, c’est la démocratie elle-même.

Le graphique qui vous dit tout
A première vue, le graphique peut paraître un peu déroutant. Mais restez attentif — cela vaut la peine de s’y arrêter quelques instants pour vraiment comprendre ce qui se passe.

Il vous montre l’évolution des sondages d’opinions concernant les dirigeants des pays PIIGS (je suis sûr que vous n’avez pas besoin de moi pour les énoncer) à travers cette période de crise financière. En fait, ce n’est pas seulement les PIIGS, il inclut aussi la France. Oh, les Français seront heureux que Citigroup ait jugé bon de les inclure dans ce que l’on nomme désormais les pays périphériques !

Couverture du Handelsblatt

Vous remarquerez que les nouveaux dirigeants sont élus avec un chiffre très élevé. A partir de là, il n’y a qu’une seule possibilité : redescendre !

Prenons la ligne verte par exemple. Elle montre la chute progressive de Berlusconi. Mais la ligne est fracturée — c’est là que Mario Monti a pris les rênes, sa cote est montée au firmament. Mais seulement pour toute petite période. La plupart des politiciens vivent une sorte de lune de miel juste après leur prise de fonction.

Mais plus la crise se durcit, plus ces périodes raccourcissent. Faire des promesses pendant la campagne électorale, c’est bien, mais elles sont beaucoup plus difficiles à tenir une fois que vous êtes élu.

Prenez François Hollande. Il est peut-être entré dans le palais de l’Elysée tout flamboyant, mais regardez à quelle vitesse sa popularité a chuté.

Regarder la progression des dirigeants de chaque pays à tour de rôle est fascinant. Et cela met en évidence un grave problème au coeur de la démocratie occidentale…

Assez de corde pour nous pendre tous
Comme le disait la fameuse phrase de Bill Clinton : “c’est l’économie, imbécile !

Cela n’a jamais été aussi à propos.

Tout le monde veut sa part du gâteau économique. Pas seulement les personnes prises en charge par l’Etat-Providence ; le monde des affaires également dépend des largesses des gouvernements.

D’ailleurs, François Hollande a récemment lancé son “pacte de compétitivité”. Il vise à redresser la production d’un demi pour cent sur cinq ans par l’octroi de 20 milliards d’euros par an en crédit d’impôt sur les sociétés et par des coupes dans les dépenses publiques de 1%.

Ce n’est pas ce que beaucoup d’électeurs attendaient de leur leader socialiste !

Le fait est que dans l’ouest de l’Europe, tant l’industrie qu’une large majorité de la population sont dépendants de leur gouvernement. Et la seule façon de donner à un groupe sans avoir à prendre à un autre est d’emprunter de l’argent supplémentaire.

Dans le cas de la France — et du Royaume-Uni — c’est ce qu’il s’est passé ces dernières années. Vous voyez, le capital ayant fui le sud de l’Europe, l’argent a migré vers le nord.

Alors que l’argent s’accumulait sur les comptes bancaires des Français (qui épargnaient pour se prémunir des effets de la crise), les banques ont utilisé une grande partie de ces fonds pour acheter des obligations d’Etat françaises (pour la sécurité, vous savez !). Les intérêts de la dette publique ont alors diminué pour atteindre un peu plus de 2%.

C’est exactement la même chose au Royaume-Uni — la relative sécurité des titres anglais permet au gouvernement de continuer à emprunter. Pas de réelle austérité (et donc pas d’émeutes) pour le noyau dur de l’Europe.

Profitons de la fin de partie
Le problème, c’est que ni le stimulus (plus d’emprunt), ni l’austérité n’ont montré un impact significatif et durable sur nos économies apathiques. Malgré tous les efforts déployés par les politiciens pour dépenser et emprunter, ou pour faire des coupes budgétaires strictes, ils sont toujours en baisse dans les sondages.

La vérité, c’est qu’une réforme globale est nécessaire. Et les démocraties occidentales ne sont tout simplement pas préparées à cela. Ou est-ce simplement que les hommes politiques ne sont pas faits de l’étoffe des héros ?

Qui sait ? Mais une chose est sûre, les choses ne s’améliorent pas.

Je crois que c’est Hemingway qui a répondu à la question : “comment quelqu’un peut-il faire faillite ?” Réponse : “d’abord lentement… puis tout d’un coup”.

Les nations occidentales se sont peu à peu ruinées pendant des décennies. Et bien que quelques années de crise ne puissent pas sembler brutales, si l’on envisage les événements à plus long terme, on constate que nous nous dirigeons droit vers un tournant dramatique.

Il n’y a pas de solution facile à la crise que nous traversons actuellement. Il est maintenant assez évident que l’austérité ne fonctionne pas. Il ne reste donc qu’une seule option : imprimer et dépenser.

Oui, je sais que j’ai dit qu’une réforme globale était une autre option — mais aussi longtemps que les sondages d’opinion existent, cela semble hautement improbable. Bien faire les choses provoquerait trop de douleur.

Le côté positif : les politiques d’impression et de dépenses ne sont pas mauvaises pour l’investissement.

Certes, ces politiques de court terme seront ruineuses sur le long terme. Notamment parce qu’elles ne contribuent pas à remettre l’économie sur la bonne voie. Mais à court terme, je salue la planche à billets. Il ne fait aucun doute que ce sont de bonnes nouvelles pour plusieurs classes d’actifs — au moins pour notre or !

Première parution dans Protection & Rendements le 26/07/2012.

Source:agora

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