Voici ce que dit ce paragraphe :
Par ailleurs, les billets ne représentent qu’une partie des euros en circulation. Les euros qui ne sont pas sous forme de billets ou de pièces sont également des créances sur chacune des banques centrales nationales, au prorata de leur part dans l’Eurosystème, et ne sont donc pas des créances sur la BCE. Si nous parlons d’euro monnaie centrale, on a environ 900 milliards d’euros de billets, et
environ 200 milliards d’euros de comptes courants correspondant aux réserves obligatoires, et peut-être 500 milliards d’euros en surplus.
Il faut donc insister sur un point aussi important que méconnu : les billets en euro ne sont pas des créances sur la BCE, mais sur l’Eurosystème.
Remarque annexe : les billets en euro portent la signature du Président de la BCE mais cette signature est seulement décorative, tout comme l’étrange signe du « copyright » (©) qui figure juste avant la mention « BCE ECB EZB EKT EKP » qui désigne la BCE. Cette mention du « copyright » n’est pas un hasard : elle témoigne d’une prise de distance juridique. Elle ne figurait pas du tout sur les billets en francs, où la mention « Banque de France » signifiait bien que le billet était une créance sur la Banque de France.
L’euro est donc bel et bien une « monnaie commune » et non pas une « monnaie unique » car il n’y a pas une Banque centrale unique. C’est d’ailleurs le distinguo que font les Allemands entre « Gemeinsame Währung » (utilisé pour désigner l’euro) et « Einheitliche Währung » (utilisé pour désigner le Mark après la fusion du Mark est-allemand avec le Mark ouest-allemand).
Cependant, le terme de « monnaie commune » lui-même est doublement ambigu car :
- d’une part, la plupart des gens le confondent avec le terme de « monnaie unique » ;
- d’autre part, certains faux experts (Mme Le Pen et M. Dupont-Aignan, par exemple) le confondent avec le système de changes variables autour d’un cours pivot, comme l’était le « serpent monétaire » de naguère.
Pour être plus précis, nous devrions utiliser une autre expression, plus longue et plus lourde mais dénuée d’ambiguïté : l’euro est un système de monnaies homonymes liées entre elles par un taux de change fixe de 1 pour 1 (« peg »).
S’agissant de la fuite des capitaux entre les États de la zone euro, nous vous renvoyons au système Target 2, qui est bien expliqué sur la notice Wikipedia en allemand, avec un superbe graphique divergent qui signe l’explosion de l’euro (cette notice n’est curieusement pas du tout aussi précise et claire sur Wikipédia en français). Pour faire simple, Target 2 est le système de paiement qui permet actuellement aux banques de l’Union européenne de transférer des fonds en temps réel par-delà les frontières des États membres, et cela de façon illimitée et au taux de change de 1 pour 1.
En conclusion générale, il est vrai de dire que la marque distinctive par pays que l’on trouve sur les billets en euro et la qualification juridique de la créance ne sont pas corrélées. En revanche, il est faux de dire qu’un euro est une « créance sur la BCE ». Un euro est une « créance sur l’Eurosystème », lequel compte la BCE et 17 banques centrales nationales (BCN).
Ce point est décisif car si l’on confond l’un et l’autre, on ne peut pas comprendre ce qui se passe en ce moment, notamment en Allemagne (voir notre texte « Pourquoi l’Allemagne envisage de sortir de l’euro ? »), et on ne peut pas non plus comprendre l’entrée en divergence de Target 2.
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