Et pour cause, Bill Ackman estime que Herbalife vaut aujourd‘hui zéro dollar. La raison ? La société ne serait rien d'autre qu'une « chaîne de Ponzi », une fraude pyramidale géante : la société rémunère le réseau de distributeurs indépendants qui vend ses produits pour qu'il recrute à son tour d'autres vendeurs... Un remake de l'affaire Madoff mais au pays des aliments diététiques. Le fonds estime que le groupe diffuse de faux chiffres sur ses ventes et ses résultats. Il a engagé des détectives, enquêteurs pour sillonner tout le pays pendant un an et aller sur le terrain récolter des informations qu'il a transmises à l'agence fédérale du commerce.
Bill Ackman a aussi engagé une société de protection rapprochée s'estimant menacé par la déclaration du directeur général de Herbalife, Michael Johnson, selon laquelle « l'Amérique ne se portera que mieux quand elle se sera débarrassée de Bill Ackman ». Ce dernier estime à l'inverse que celui qui fut le dirigeant le mieux payé aux Etats-Unis en 2011, avec près de 90 millions de dollars d'émoluments, est directement responsable de cette fraude sans précédent. La société prépare sa riposte. Elle organisera le 10 janvier une conférence avec les analystes et investisseurs pour répondre point par point aux nombreuses allégations. Elle accuse le fonds de manipulations.
Une première pour ce type de raid activiste, le fonds reversera son éventuelle plus-value à des oeuvres de charité. Il sait que son possible succès lui apportera un regain de notoriété et renforcera sa réputation d'investisseur à contre-courant. Sa collecte d'argent augmentera, qui fera grossir ses actifs et commissions, et accroîtra son influence sur les autres investisseurs. Une des conditions de son succès car un activiste doit entraîner l'adhésion du reste du marché.
Plus tôt dans l'année, un autre gérant alternatif réputé, David Einhorn de Greenlight Capital, avait mis en cause la société et provoqué une nouvelle secousse boursière matérialisée par une chute de 20 % du titre. Mais aujourd'hui, le raid de Bill Ackman, grâce à une position de 20 millions de titres, est solitaire. Il est très difficile et très coûteux de vendre à découvert le titre, faute de prêteurs, car pour pouvoir se livrer à cette pratique, les opérateurs doivent au préalable avoir emprunté les actions. Ils les vendent à découvert puis les rachèteront avec une plus ou moins-value, et les rendront à ceux qui leur avaient prêtés.
Trop sûr de lui et entêté, selon certains, Bill Ackman, 46 ans et diplômé de Harvard, a parfois subi de sérieux revers, telle une perte de 1,8 milliard de dollars en 2009 dans son raid sur une société à l'appellation pourtant prometteuse, la société « Target » (« la cible »)... Epaulé par deux des plus réputés cabinets d'avocats américains, il approche de l'heure de vérité. En 2007, lors d'une réunion sur le commerce de détail organisée par Goldman Sachs, le dirigeant de Herbalife admettait qu' « il faut divertir nos distributeurs avec des histoires, des rêves... Une partie de notre activité relève du divertissement ». Reste à savoir si elle n'est aujourd'hui plus que cela.
Source:Lesechos