Mais il ne faudrait pas s’inquiéter selon les comptables de la banque allemande, car tous ces engagements sont compensés et, au final, l’exposition nette ressort à 20,3 milliards d’euros seulement. C’est ce qu’expliquent les dirigeants des grandes banques lorsqu’on met ce sujet sur la table : les positions s’équilibrent. Quand un engagement est pris sur un produit dérivé, la banque achète une protection (la position inverse) pour se prémunir.
Mais au fait, à qui achète-t-elle cette protection ? A une autre banque… En réalité toutes les grandes banques se vendent des produits dérivés, ce qui signifie que si l’une d’entre elles fait faillite, toutes les autres plongent ! Les protections vendues par la banque en faillite s’évanouissent, et les autres banques voient leur exposition nette exploser et tombent également. C’est ce qui a failli se produire avec la faillite d’AIG en septembre 2008 qui était la contrepartie de nombreux établissements financiers, et qui a été sauvée en catastrophe par l’Etat américain. Le calcul de l’exposition nette est ainsi purement théorique. Les dépôts de la Deutsche Bank représentent un centième de ces 55,6 trillions d’euros de produits dérivés, Chypre à côté c’est de la rigolade.
Toutes les grandes banques se tiennent ainsi en équilibre sur une montagne de produits dérivés qui devient très friable en période de crise. Il y a tout de même un point positif dans cette affaire : le siège de la Deutsche Bank se trouve à Francfort, comme celui de la BCE, ainsi Mario Draghi n’aura que quelques rues à traverser en cas de problème.
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Philippe Herlin - Chercheur en finance et chargé de cours au Conservatoire National des Arts et Métiers à Paris / Contributeur sur Goldbroker.com