En revanche, les conséquences d’une rupture du contrat sont multiples et graves. Elles indiquent une perte de souveraineté générale de la part de la France, une sorte d’esclavage volontaire, une soumission d’abord à l’Europe puis à un bloc occidental dirigé par les Etats-Unis. La volonté française d’intervenir militairement en Irak alors même que la Défense n’a plus un sou pour les OPEX et que nos soldats en Centrafrique manquent même de savon et de dentifrice témoigne de cette volonté d’intégration rapide dans un mythique bloc occidental. Intégration rapide, mais ni pensée, ni pesée. Pour l’heure, les conséquences de la rupture seront financières, internes, et externes.
Conséquence financière : de 3 à 10 milliards d’euros de coût
Dans la dépêche de l’AFP reprise sans sourciller (comme d’habitude) par la quasi-totalité des médias français, l’on mentionne un coût de 1.1 milliard d’euros de compensation à payer aux russes si le contrat est rompu. En fait, le coût sera nettement supérieur et se traduira par un coup de massue sur un budget 2014 qui a déjà largement dérapé
Le président du mouvement russe de soutien à la flotte, le capitaine de de vaisseau Mikhail Nenashev explique que la somme de la compensation à payer aux russes « est prévue dans le contrat; selon les circonstances de la rupture, elle s’échelonne de 3 à 10 milliards d’euros« . Sachant que le contrat porte sur 1.2 milliards d’euros (pour 2 bateaux), ce n’est pas une bonne affaire que de le rompre. D’autant plus que les russes peuvent très bien se passer de Mistrals pour débarquer quelque part, comme la Crimée l’a très bien illustré cette année.
Conséquence externe : la confiance dans la parole de la France s’effondrera
De même, la France montrera qu’elle n’est plus fiable. Qu’une décision prise il y a quelques années pourra être annulée, même si cette annulation est contraire aux principes de souveraineté nationale et d’équilibre budgétaire.
Les conséquences seront très simples : l’industrie militaire française, qui commerce (beaucoup) avec des pays peu démocratiques (dans le Golfe par exemple) perdra ses positions. Et les milliers de personnes qu’elle emploie leurs postes. Effet garanti dans le pays sous pression sociale intense. En revanche, les principaux donneurs de leçon, l’Angleterre et les Etats-Unis en tête, conserveront leur commerce dans le domaine de la Défense avec la Russie et ses alliés, et y gagneront ce que la France y perdra. Ajoutons au passage que regagner la confiance des Russes (et des autres) sera très difficile. Adieu livraisons au Pakistan, aux pays du Golfe et autre coopération militaire avec la Chine et l’Inde !
Ce qui vaut pour la défense vaut aussi dans d’autres domaines. La confiance est quelque chose de très important dans le business, et notamment pour s’endetter. Puisque la France ne finit ses fins de mois qu’à crédit. Aujourd’hui, elle s’endette à pas cher, car les investisseurs savent que la France paie ses dettes, ses intérêts (énormes) et qu’en cas de crash total, il y aura beaucoup d’actifs à vendre.Il y a des pays qui ont beaucoup d’actifs à solder mais dont l’organisation interne, ou le gouvernement, ou tout le reste, n’inspire pas confiance. Par exemple l’Ukraine. Pour continuer à s’endetter – démocratiquement et de façon européenne, puisque le gouvernement de Kiev clame qu’il est démocratique et européen tout en établissant des listes noires de journalistes interdits d’entrée et en en bombardant son propre peuple à coups d’obus et de missiles balistiques – Kiev s’apprête à vendre tout ou partie de 1000 des 1500 entreprises encore étatisées. Par exemple 40% du capital de l’exploitant national des centrales thermiques. Des mines. Ou encore les voies ferrées et la compagnie nationale d’hydrocarbures. Il est facile de savoir à qui cela va profiter et pourquoi le pouvoir légal a été dégagé de Kiev. Pour que les voleurs qui sont actuellement à Kiev et Dniepropetrovsk dépècent le pays et en laissent à leurs bailleurs de fonds d’outre-Atlantique. Veut-on pour la France un destin d’Ukraine ?
Conséquence interne : la fin du principe de continuité de l’Etat
La rupture du contrat des Mistral aurait une autre conséquence inattendue, et in fine dévastatrice. Car elle ruinerait aussi le peu de confiance que les citoyens ont encore dans l’Etat. Pour expliquer le principe de continuité de l’Etat, il convient de prendre un exemple. Monumental. La Cathédrale Sainte-Croix d’Orléans.
En l’an 1567, les Huguenots occupent Orléans. Pour la seconde fois en moins d’une décennie, ils massacrent les prêtres et les moines qui n’ont pas fui la ville, transforment les couvents en casernes et les églises en écuries, fracassent vitraux et statues (car ils sont opposés à la représentation du Seigneur et des saints) et brûlent les reliques (ils sont contre le culte des saints), en plus d’incendier les églises qu’ils avaient oubliés en 1562. Bref, ce qu’on n’appelle pas encore le terrorisme détruit la ville à plein. Leur commandant, le Prince de Condé, lassé par ces excès qui soulèvent contre ses coreligionnaires les catholiques de la ville et des alentours, fait murer la Cathédrale pour éviter qu’elle ne fasse les frais du fanatisme de ses soldats. Mais un quarteron particulièrement énervé rentre quand même et fait sauter les piliers du transept. Celui-ci s’effondre, avec presque tout le choeur et une grande partie de la nef.
Au lendemain de l’Edit de Nantes, le 2 juillet 1598, le roi Henri IV promet de lancer aux frais de l’Etat la reconstruction de l’édifice détruit par ses ex-coreligionnaires. Il scellera la première pierre le 18 avril 1601. C’est la date de naissance du principe de la continuité de l’Etat en France, puisque de 1601 à 1829, tous les rois, tous les régimes sauf la Révolution, le Directoire et l’Empire (trouble et sanglante parenthèse) contribueront à la reconstruction. Puis, après son classement aux Monuments Historiques en 1862, la loi de 1905 et les bombardements de 1944, ce sont le Second Empire et les diverses Républiques qui ont continué à remplir la promesse du roi Henri jusqu’à nos jours.
Quel que soit l’Etat, quels que soient son chef, son gouvernement ou ses représentants, les engagements passés auparavant sont tenus. Cela vaut pour les chantiers, les traités, les aides, les dettes, les guerres et les paix. Seules parenthèses : la Révolution et l’Empire, puis l’Etat de Vichy. A l’époque de Henri IV, cela représentait pourtant une énorme révolution : les traités devaient être confirmés à nouveau à la mort de chaque roi, et il en allait de même pour lespossessions immobilières, les petits seigneurs devant rendre aveu de leurs terres et droits à la mort du suzerain et aux successions.
La rupture du contrat des Mistral, en plus de mettre Saint-Nazaire, les nazairiens et des milliers de sous-traitants bretons et de tout l’ouest de la France dans la panade enverrait un message clair aux français : un engagement, ferme, sérieux, qui met en cause la confiance de l’Etat non seulement vis à vis des partenaires économiques intérieurs (DCNS, STX et ses sous-traitants, etc.) mais aussi d’une grande puissance géo-stratégique et économique mondiale, contracté en 2010, ne vaut plus en 2014. Parce que la France a décidé d’abdiquer sa souveraineté et de se faire le caniche des Etats-Unis. Parce que notre président (ou ce qui en tient lieu) n’a surtout pas pensé aux conséquences profondes, graves, de cet historique renoncement.
Et ce qui vaut pour les Mistral vaudra demain pour nos libertés, nos usines (ou ce qui en reste), les secteurs stratégiques, les aides, les acquis sociaux, l’identité et tout le reste. Il suffit juste de commencer. Dévaler la pente du mensonge et de la ruine, rien de plus facile.
Source : Politicvisio.com